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Réouverture de l’espace de projection de l’Ircam. Polytope, Xenakis, /nu/thing.

L’Ircam vient de réouvrir son espace de projection et propose du 21 juin au 2 juillet 2022 une recréation du Polytope de Cluny de Xenakis, une expérience immersive qui mélange jeux de lumière et musique spatialisée.

Inouïe en 1972, cette œuvre accuse son âge. Visuellement pour commencer, les jeux de miroirs avec des lasers rouges, bleus et verts paraissent aujourd’hui terriblement datés pour ceux qui ont trainé dans les clubs ces 50 dernières années. Quelques minutes suffisent pour se lasser de cette grammaire qu’on jugera aujourd’hui limitée et répétitive. Musicalement, j’ai retrouvé tous les pires clichés de l’époque : une spatialisation gauche/droite primitive et m’as-tu-vu, un brouhaha sonore paresseux qui n’arrive pas à dépasser son cadre académique : on devine des mathématiques, des formules, des séries… une musique en blouse blanche qui ne garde aujourd’hui qu’un intérêt historique, certes indéniable mais insuffisant à mes oreilles.

Le contraste était d’autant plus saisissant après la diffusion d’une œuvre contemporaine réalisée par le collectif /nu/thing, une pièce ultra moderne en plusieurs actes. Musicalement pour commencer, des pleins et des déliés, des explosions, des moments calmes, une spatialisation savante et une très grande variété de textures et de timbres qui ne cessent de provoquer des surprises et des émotions, qui citent parfois inconsciemment 2001 et Rencontre du troisième type, Une technique incroyable, mais une technique qui ne fait jamais tomber le quatrième mur : la musique prévaut, on reste concentré sur l’œuvre jusqu’à la fin.

Visuellement, il faut aussi saluer le travail d’ExperiensS, un studio de design et d’ingénierie pour l’art numérique fondé par Thomas Bouaziz, qui a su exploiter ce neo Polytope au maximum de ses capacités. On ressent tous les avantages des technologies actuelles, qu’il s’agisse de piloter des clusters de LED ou de programmer les lasers avec des effets dynamiques, la grammaire est beaucoup plus riche et évoluée qu’en 1972 mais aurait-il pu en être autrement ?

Quoi qu’il en soit, cette double proposition de l’Ircam était un moment à vivre, mais bien trop court – deux petites semaines seulement.